L’histoire de Zofingue

L’élan de l’enthousiasme

En 1818, lors de la commémoration du réformateur Huldrych Zwingli dans la Sihlwald, des étudiants zurichois avaient décidé d’inviter des étudiants bernois pour célébrer en 1819 l’illustre réformateur. C’est ainsi, que du 21 au 24 juillet 1819, soixante Zurichois et Bernois se rencontrèrent à Zofingue, et dans un élan enthousiaste fondèrent l’Association de Zofingue dans le but de dédier leurs activités à leur Patrie. Parmi ces étudiants figurèrent le Zurichois Heinrich Nüscheler, le Bernois Karl Bitzius, son cousin Albert Bitzius (Jeremias Gotthelf) et Gottlieb Studer. En 1820, les Lucernois catholiques et les Vaudois rallièrent l’Association zofingienne pour constituer une véritable société suisse d’étudiants.

La Zofingia – ainsi nommée pour la première fois en 1821 par Karl Bitzius – Zofingue en français, accueillit d’autres sections pour autant que ses adhérents fussent Suisses et aient dix-sept ans. Les troubles occasionnés par la Régénération amenèrent les Zofingiens Lucernois à se distancer du «parti des défenseurs» de Neuchâtel et de Bâle et à démissionner pour fonder la société Helvetia.

Etat confédéral – Victoire et renouveau

Les années qui suivirent après 1841 furent influencées par la pensée ultramontaine, la fermeture des monastères en Argovie, la constitution de corps francs – les «Freischarenzüge» – et la condamnation à mort de leur chef Jakob Robert Steiger, ancien président central de Zofingue, qui s’échappa de justesse.

Dans les cantons de Vaud et Neuchâtel, les artisans de la Révolution étaient également Zofingiens.Avec la défaite du Sonderbund en 1847, la voie s’ouvrit pour créer un Etat confédéral pour lequel le Zofingien Johann Konrad Kern rédigea le projet de constitution. Des Zofingiens dirigèrent la Diète et le Conseil national, et deux siégèrent au Conseil fédéral. En 1847, un schisme ébranla la Société d’étudiants et conduisit des esprits radicaux à s’en détacher. En 1849, ils rebaptisèrent la Nouvelle Zofingue en Helvetia; toutefois, la collaboration politique entre Zofingue et la Nouvelle Zofingue/Helvetia conduisirent les sociétés à fusionner en 1855. La Feuille Centrale parut pour la première fois en 1860/61 et en 1872, le principe d’Association à vie fut ancré.

Révolution industrielle et question sociale

La deuxième moitié du XIXè siècle fut marquée par d’illustres Zofingiens, comme Alfred Escher, Eduard Sulzer-Ziegler et son neveu Hans Sulzer, véritables ténors de l’économie et de l’industrie. Les actifs, quant à eux, dédiaient plutôt leurs réflexions à la question sociale, conséquence de la Révolution industrielle. Ce thème s’associa avec la lutte contre l’alcoolisme pour laquelle le Zofingien Louis-Lucien Rochat fonda la Croix Bleue.

En 1903, le duel à Zofingue fut officiellement aboli. Les duellistes de Zürich fondèrent alors la Neuzofingia. A partir de 1876, la Société se préoccupa de la question gymnasiale suite à la décision de Bâle de supprimer les sections gymnasiales. En 1909, malgré de nouvelles tentatives de dissension, Zofingue ne se fragmenta pas. Ainsi, Zofingue resta unie malgré une polarisation des courants de pensées socialistes.

Tribulations – Menace – Mise à l’épreuve

Des Zofingiens idéaux (IZ) au front, des sociaux-démocrates à la présidence centrale et des Zofingiens qui se placèrent du côté des travailleurs et du comité d’Olten, c’est ainsi que Zofingue passa des moments difficiles durant la Première Guerre mondiale. Un cas extrême a été celui du Zofingien Jules Humbert-Droz, qui appela au pacifisme dans la Feuille Centrale, mettant ainsi en colère le général Ulrich Wille et conduisant le Conseil fédéral à envisager un avertissement à l’encontre de la rédaction, ce qui toutefois ne fut pas fait.

Le passage à l’élection proportionnelle fut soutenu par les Zofingiens ; c’est d’ailleurs l’un d’eux, Eduard Hagenbach, qui en avait développé le principe. Lors de leur Conzärtli intitulé «l’air épais» les Zofingiens bâlois reprirent le sujet de la menace croissante du nazisme, sur lequel des Zofingiens juifs s’étendirent aussi. Au Cours de la Seconde Guerre mondiale, les Zofingiens exprimèrent leur fierté d’avoir comme général Henri Guisan, issu de leurs rangs, mais eurent peu de compréhension pour la politique d’asile du gouvernement, défendue par le conseiller von Steiger.

Renouveau

Durant la guerre froide, une affaire d’espionnage impliqua le professeur zofingien André Bonnard, chargé d’espionner le CICR pour le compte des communistes, afin de jeter le discrédit sur cette institution. Mais il fut arrêté, ce qui lui valut, à part une condamnation avec sursis, le Prix Staline de la Paix, mais pas une exclusion de Zofingue. Lorsque les Soviétiques écrasèrent le soulèvement hongrois et le Printemps de Prague, les Zofingiens manifestèrent en solidarité avec les étudiants insurgés.Dans les années Soixante, les Romands forgèrent la notion d’ouverture. Puis, avec un manifeste, la Société travailla sur la réforme des hautes Ecoles. Dans le même temps, elle célébrait son 150e anniversaire.

Les Zofingiens discutèrent intensément sur des questions fondamentales concernant l’armée, mais pas sur le droit de vote des femmes. Bien sûr, ils participèrent aussi à la discussion sur l’initiative de la surpopulation étrangère. L’environnement, puis une véritable politique énergétique furent ensuite mis en avant.

Le monde comme un village

Le monde transformé des médias et la révolution numérique touchèrent les Zofingiens de différentes manières, avec bien évidemment l’ouverture de sites internets par les Actifs et les Vieux Zofingiens. Zofingue mena régulièrement des réflexions sur l’intégration européenne et la participation de la Suisse à l’Europe. Cela ressort des séminaires centraux ainsi que d’une résolution qui n’a toutefois pas passé le cap de la votation en raison de son caractère non contraignant.

Durant ces années, les questions économiques ont commencé à dominer, et avec elles les réflexions sur la formation. Les Actifs et les Vieux Zofingiens firent preuve d’un grand engagement lors de la révision de la Constitution fédérale en 1999. Max Imboden avait mis concrètement le doigt sur le «malaise helvétique» et en avait tiré des conclusions intéressantes. Après des décennies, le tout déboucha sur un texte de loi, auquel divers cercles zofingiens contribuèrent beaucoup lors de sa mise en consultation.